Deux dollars le million de tokens en entrée, dix en sortie. Jusqu'au 31 août, c'est le prix affiché par Anthropic pour Claude Sonnet 5, son nouveau modèle devenu par défaut dans Claude Code. Un tarif promotionnel, donc temporaire, mais qui dit quelque chose d'assez net sur la trajectoire du marché : l'IA capable de planifier des tâches, de manipuler un navigateur ou un terminal en autonomie, n'est plus réservée aux entreprises qui peuvent se permettre de payer le prix fort pour un modèle frontier.
Jusqu'ici, ce niveau d'autonomie coûtait cher. Faire tourner un agent capable d'enchaîner plusieurs étapes, de corriger ses erreurs et d'utiliser des outils externes supposait généralement de mobiliser les modèles les plus puissants et les plus onéreux du marché. Anthropic affirme que Sonnet 5 change la donne : selon l'entreprise, il s'agit du modèle Sonnet le plus agentic jamais produit, capable de fonctionner en autonomie à un niveau qui, il y a quelques mois encore, nécessitait des modèles plus grands.
Une fenêtre de contexte qui change l'échelle des tâches possibles
Le deuxième élément notable, c'est la fenêtre de contexte native de 1 million de tokens. Concrètement, cela signifie que Sonnet 5 peut ingérer et raisonner sur des volumes de texte considérables sans étape intermédiaire de découpage ou de résumé, une base de code entière, une documentation technique volumineuse, ou plusieurs conversations longues d'affilée. Pour les développeurs qui utilisent Claude Code au quotidien, c'est un gain direct : moins de friction pour faire travailler l'agent sur des projets réels, plus complexes que de simples scripts isolés.
Anthropic ne cache pas l'ambition derrière cette combinaison prix-performance. En plaçant Sonnet 5 par défaut dans Claude Code, l'entreprise mise sur une adoption large chez les développeurs indépendants et les petites équipes techniques, un public qui, jusqu'à présent, devait souvent arbitrer entre coût et capacités agentic. Le tarif promotionnel à 2 dollars par million de tokens en entrée abaisse mécaniquement cette barrière, au moins pour quelques semaines.
Des usages déjà en test, au-delà du code
L'autonomie agentic ne se limite pas au développement logiciel. Anthropic cite l'exemple de Poppy, un assistant IA développé par des collaborateurs de l'administration californienne, pilotée avec plus de 2 800 employés répartis dans 67 départements de l'État. Ce type de déploiement à grande échelle, dans un contexte administratif plutôt que technique, illustre la direction que prend l'entreprise : des agents capables de gérer des tâches variées, pas seulement d'écrire du code, et à un coût qui permet d'envisager un déploiement massif plutôt qu'un simple pilote confidentiel.
Reste que la promotion tarifaire a une date de péremption. Le 31 août, Anthropic pourra ajuster les prix vers le haut, comme c'est souvent le cas dans ce secteur une fois l'adoption enclenchée. Les startups et PME qui construisent aujourd'hui leurs workflows autour de Sonnet 5 devront composer avec cette incertitude : le modèle qui leur semble abordable en ce moment pourrait coûter sensiblement plus cher dans quelques semaines, sans qu'Anthropic n'ait communiqué sur la tarification qui suivra.
Cette stratégie de prix agressif n'est pas isolée dans l'industrie. Les grands laboratoires d'IA cherchent tous, à des degrés divers, à capter les développeurs le plus tôt possible dans leur cycle de décision, quitte à sacrifier temporairement de la marge. Ce qui distingue ce lancement, c'est l'association explicite entre un tarif cassé et des capacités agentic présentées comme comparables à celles de modèles plus lourds. Si cette promesse tient sur la durée, elle pourrait effectivement redessiner qui a accès à l'automatisation par IA, et à quel coût réel une fois la période promotionnelle terminée.